De la Roumanie communiste au best-seller européen, soixante ans d'automobile accessible
Peu de constructeurs auront connu une trajectoire aussi singulière que celle de Dacia. Née en 1966 dans la Roumanie de Nicolae Ceaușescu pour produire des voitures sous licence Renault, la firme de Pitești a longtemps incarné une industrie automobile sous contrainte. Depuis le rachat par le groupe français en 1999, elle s'est métamorphosée en pionnière de l'automobile abordable, jusqu'à devenir l'un des plus grands succès commerciaux européens des deux dernières décennies.
L'usine de Pitești, dans le sud des Carpates, est inaugurée en 1966. Le régime roumain souhaite doter le pays d'une véritable production automobile et signe pour cela un accord avec Renault. Le premier modèle, la Dacia 1100, est dérivé de la Renault 8 et sort des chaînes en 1968. Dès 1969, lui succède la Dacia 1300, fidèle copie de la Renault 12, qui restera produite sous différentes appellations (1310, 1410) pendant plus de trois décennies. Ces véhicules robustes, simples à entretenir et adaptés aux routes locales, équiperont des générations entières de familles roumaines.
Pendant les années 1970 et 1980, la firme de Pitești poursuit la production des dérivés R12 et tente quelques modèles plus originaux comme la Dacia 1302 pick-up ou des coupés de petite série produits à quelques milliers d'exemplaires. La chute du régime Ceaușescu en 1989 ouvre un long chantier de modernisation industrielle, mais aussi de profonde restructuration sociale dans la ville de Pitești, dont l'économie reste très dépendante du site. Faute de moyens et d'accès aux technologies modernes, la marque accumule un retard considérable face à la concurrence européenne. Dans les années 1990, plusieurs partenariats avortés sont étudiés avec différents constructeurs étrangers avant qu'un accord historique ne soit finalement signé en 1999. À cette époque, l'usine produit encore une version modernisée de la 1310, baptisée Nova, qui peine à séduire les marchés à l'export en raison d'un déficit qualitatif manifeste.
En septembre 1999, Renault prend le contrôle du capital de l'entreprise roumaine. L'objectif affiché est ambitieux : concevoir une voiture moderne, fiable et vendue à un prix radicalement bas, autour de 5 000 euros à l'origine. Le projet, baptisé en interne X90, mobilise les bureaux d'études du groupe. Il aboutit au lancement de la Logan en septembre 2004, puis à une expansion progressive de l'usine de Pitești et à l'ouverture de capacités industrielles au Maroc, en Inde, au Brésil et en Russie.
La Logan inaugure un nouveau segment automobile européen, celui de la voiture neuve à prix maîtrisé, accessible sans renoncer à un niveau d'équipement raisonnable. Son succès dépasse rapidement les prévisions du groupe et de nombreux observateurs sectoriels. Une déclinaison hatchback, la Sandero, suit en 2008 et devient au fil des années l'un des best-sellers européens, occupant régulièrement la première place des ventes aux particuliers en France comme en Espagne. En mars 2010, le SUV Duster bouleverse à son tour le marché en proposant un véhicule polyvalent, disponible en version 4x4, à un tarif inférieur à celui d'une compacte concurrente classique. La Lodgy, le break MCV puis la familiale Jogger viennent compléter une offre tournée vers la praticité, le coffre généreux et la simplicité d'usage. Cette logique « no nonsense » a inspiré une partie de l'industrie, notamment sur la conception des planches de bord et la rationalisation des options.
En 2021, la marque roumaine présente un nouveau logo « DC » et une identité graphique plus contemporaine, accompagnée de la Spring, sa première citadine 100 % électrique. Vendue à un prix d'attaque historiquement bas pour un véhicule à batterie, la Spring séduit aussi bien les particuliers que les flottes d'autopartage. Le groupe affirme aujourd'hui une stratégie « essentiel mais bien pensé », fondée sur l'usage réel, la sobriété de conception et la fiabilité. Pour comparer cette philosophie à d'autres approches européennes, vous pouvez consulter notre histoire de Seat ou notre histoire de Škoda.
Sur le marché de seconde main, les modèles roumains tirent profit d'un rapport prix-équipement très compétitif et d'une mécanique éprouvée, largement partagée avec les berlines et SUV de leur maison-mère. Les Logan et Sandero phase 2 et 3 sont particulièrement recherchées pour un premier véhicule, en raison d'un coût d'entretien réduit et d'une bonne disponibilité des pièces détachées dans tout le réseau. Le Duster, quant à lui, constitue une porte d'entrée intéressante vers le SUV familial, notamment dans ses versions essence TCe et bicarburation GPL appréciées pour leur sobriété d'usage. Avant tout achat, il est conseillé de consulter la cote du véhicule, de demander l'historique d'entretien et d'envisager les solutions de financement auto adaptées à un budget contenu. Pour des essais techniques approfondis et un suivi des cotations, vous pouvez également vous reporter à L'Argus.